Monsieur Bertand Cantat

Bon allez, ce soir, c'est parti, je vais rédiger cet article, ce point de vue sur le dernier album de Bertrand Cantat, “Amor Fati”.

Et j'ai choisi de l'écrire sous la forme d'une lettre que je vais vous adresser, Bertrand.

J'ai choisi ce mode d'expression car ce que j'ai à vous dire est parfois certainement si brutal que je ne veux pas le faire sans m'adresser directement à vous.

 

Je ne voudrais pas en effet que vous mettiez mes propos sur le dos de l'exercice de mon métier et sur les insuffisances que vous reprochez bien souvent aux communicants car je suis une communicante dans l'exercice de mon métier.

 

Je souligne par ailleurs qu'en vous écrivant ainsi je ne cherche pas à vous “niquer”. Je veux simplement mettre en commun et partager mon point de vue. Bref : communiquer.

Sans méchanceté. Simplement : partager.

 

Pour commencer je n'ai jamais écrit d'album moi-même mais j'ai conscience qu’écrire un album s'est laisser entre les notes et les mots un peu de son âme, si il nous en reste. Un peu de sa force, si nous en avons eu. Un peu d'empathie, si nous en sommes capable. Un peu d'honnêteté, si nous nous sommes déjà remis en question. Un peu de maturité, si le temps n'a pas fait que passer. Un peu de sagesse, si nous acceptons de vieillir …

 

Bref écrire un album c'est aussi offrir une partie de soi-même, si l’on en est capable.

 

Donc écrire un album ce n'est pas une chose simple alors pourquoi et comment moi qui n'en n'ai jamais écrit je me permettrais de ramener ma fraise de blonde qui joue de temps à autre de la guitare et écrit quelques livres et quelques nouvelles.

Car oui j'écris des nouvelles même si parfois je n'en donne pas. Mais c'est une autre histoire.

 

L'Angleterre

 

J'ai donc commencé comme tout le monde à écouter votre “Amor Fati” avec le titre l'Angleterre. Et, je suis complètement tombée sous le charme de cette balade qui évoque de façon simple et juste la cause à défendre de nos sœurs et frères devenus nomades de nos “temps modernes”, de nos temps affreux, de nos absolus tristesses et abandons de nous-même car en abandonnant l'autre sur le bord de la route, nous nous abandonnons nous-mêmes un peu.

 

Donc tout avait bien commencé avec l'Angleterre et avec ce clip magnifique plein de poésie, plein de Yann Orhan.

 

Est arrivé ensuite jusqu'à mes oreilles amor Fati et là dès le début j'ai cru que je perdais pieds. La façon dont vous interprétez votre  texte est abrutissante et puérile.

C'est un gâchis : celui de votre jolie voix si profonde qui s'abandonne à un tel désastre.

Je me demande pourquoi vous avez fait cela.

 

Êtes-vous devenu sourd ou avez-vous fini par tellement n'écouter que vous-même que vous n'entendez plus à quel point vous sonnez creux ?

 

J'ai alors écouté le titre “Aujourd'hui”. J’y ai retrouvé quelque chose hier mais rien de bien convaincant. Votre allusion au storytelling m'a fait sourire. Il fallait bien que ce soit vous Bertrand Cantat pour réussir à glisser cette technique de communication dans une chanson. La prochaine fois je vous mets au défi de caser dans l'une de vos chansons le Personal branding ! Chiche ?

Bref autant le titre “Sa majesté” était d’une poésie juste et incontrôlable, de celles qui font de jolies chansons même si on n'est pas d'accord avec le sens porté par les mots autant “Aujourd'hui” m'a donné envie de me boucher les oreilles et d'attendre demain.

 

Puis j'en ai marre aussi que vous montriez du doigt les coupables et le monstre “communication”.

J'aimerais que vous vous montriez vous-même du doigt et que vous reveniez à vous-même. Là où se niche tout ce bon, tout ce mal.

 

J'ai alors écouté “chui con” en me disant que peut-être la remise en question se trouverait par là, dans ce titre là, caché derrière ces mots mais je n'ai rien trouvé.

 

J'ai bien sûr écouté l’ensemble de votre album mais je dois l'avouer avec difficulté.

 

Mots dits

 

Si je pouvais en penser quelque chose je crois bien que je dirais que cet album est l’album de l'immaturité.

Que c'est l'album d'un adulescent, d'un homme en perpétuelle rébellion avec une vraie envie de faire bouger les choses et une vraie analyse des réalités.

 

Toutefois cet adulescent s’entête. Il vieillit mais s'entête à essayer de se faire croire qu'il est encore en train de grandir.

 

Ce qu'il reste de nous

 

Alors je pense à votre prochain album.

Je l'attendrai, sereine.

Et si vous me demandiez mon avis, j'aimerais que cet album soit l'album de la sagesse ou d'une certaine forme de sagesse.

 

J'aimerais que cet album soit l'album des prémices de l'empathie, de l'acceptation du corps vieillissant.

 

J'aimerais aussi que cet album soit l'album qui parle à la femme que je suis.

A l’adulescente vieillissante.

À la grand-mère que j'espère devenir.

Bref un album qui au minimum parle de nos enfants ou au moins les évoque pour tout ce qu'ils nous ont offert uniquement par le simple fait qu'ils existent et pour tout ce qu'ils ont souffert uniquement par le fait que nous existons.

 

J'aimerais en écoutant votre prochain album que vous vous soyez rapproché de vous-même et de l'homme cinquantenaire que vous êtes devenu. Car c'est certainement là que le poète que vous êtes s'est endormi. Il sommeille dans les interstices créées par les dérives de l'homme que vous êtes qui a dû s'oublier et se mentir au point de se perdre et de délaisser le poète qu'il était.

 

Bon allez, ce soir, c'est parti, je vais publier  cet article, ce point de vue sur le dernier album de Bertrand Cantat, “Amor Fati”.

Et je vous dis “A très vite”, Monsieur.








31 janvier 2018