Cantat à son Zénith ?

Je ne suis pas de celles qui aiment ni même de celles qui détestent Bertrand Cantat.

J'ai assisté hier soir à son concert au Zénith avec pour objectif de compléter mon étude sur les usages des médias sociaux par les artistes rock.

Un concert qui a été organisé au Zénith, rappelons le, car l'Olympia a souhaité annuler les deux dates avec Bertrand Cantat par crainte de troubles à l'ordre public.

Je n'ai pas assisté à des manifestations de mécontentement particulières devant le Zénith encore moins de troubles. Il semblerait toutefois qu'une quinzaine de femmes aient manifesté leur mécontentement à l'entrée du métro.

 

Bertrand Cantat fâché

 

L'ambiance au sein du Zénith était assez maussade avant le début du concert.

Puis, Bertrand Cantat est arrivé. Heureux de trouver là son public “pris en otage”, selon ses mots. Un Bertrand Cantat énervé. Très énervé. Si énervé que sa voix en pâtissait. Sa concentration aussi. Car lorsque Bertrand Cantat s'énerve c'est tout son être qui prend en charge sa rage. Je crois bien que le monsieur n'est pas fait de demies mesures.

Mais malheureusement sa façon de s'énerver est bien trop semblable à la façon qu'il a eu  d’écrire son dernier album.

Car lorsque Bertrand Cantat s'énerve il “part en boucle” et revient inlassablement sur les raisons de son énervement.

Hier soir par exemple, il nous a fait savoir à trois reprises, à trois moments différents du concert qu'il "emmerdait" Bolloré.

Il nous a également fait savoir qu'il "emmerdait" les journalistes.

Cet énervement et cette façon de faire m’ont fait penser à son dernier album et à sa façon de l'écrire.

En effet, comme je vous le disais dans un article concernant “Amor Fati”, cet album est pour moi l'album de l’immaturité.  

C'est un peu comme si Bertrand vieillissait mais c'était arrêté de grandir. L’adulescent s'agite et son talent se dilue dans son immaturité.

J'attends donc la suite. Cet album. Le suivant. Armé de sa révolte et de sa récolte. Plus pausé. Travaillé. Homogène.

 

Bertrand Cantat sur tous les fronts ?

 

Bref, l'immaturité l’embarque dans des élucubrations, des discours imprévus, impulsifs, impatients. C'est dommage. C'est ainsi. Amor Fati.

Et tout ce Cantat là, maladroit, agité, fâché, ne prend alors plus toute sa place. Enfin, il ne la prend surtout pas dans la dimension dans laquelle son talent pourrait lui permettre de la prendre.

 

Non … il râle. Radote. “En même temps … il n'est plus très jeune, souligne une trentenaire dans le public”.

Un public auquel il demande d’ailleurs de "laisser respirer" les personnes comprimées au premier rang.
"Laissez-les respirer sinon ça va encore être de ma faute".

Puis, il demande à la poursuite de revenir sur scène. "Il faut tout expliquer!", ajoute t- il sur le ton de l'humour.

 

Sur un ton qui se veut patriarcal, Bertrand Cantat met son grain de sel ici ou là.

 

Ce qui en ressort est assez brouillon mais le public s'emballe sur les titres phares de Noir Désir. Le public se plonge dans ses souvenirs de jeunesse.

 

Bertrand Cantat c'est un peu un spectacle Génération 80 du rock ?

 

Est-ce cela qu'il a souhaité faire de ce spectacle ?  

A la fin du spectacle, le public en redemande.

Ma voisine trentenaire dit : “il y a pas mal de vieux quand même !”.

Un “vieux” bourré lui répond qu'il lui souhaite d'être aussi cool que lui à son âge.

 

Pour ma part, je me dis que je n'ai pas entendu la ballade “L’Angleterre”. Si jolie pourtant. Celle-ci m’a manquée.

 

Et, j'ai de la peine pour tout ce talent. Je me dis que bien vieillir n'est pas si simple. Qu'il nous faut l'accepter, le penser, le réfléchir.

 

Bref, je ne suis pas méchante. Je ne suis pas censeur.

Dieu m’a donné des oreilles pour écouter le battements de vos coeurs.

 

Et, ce public est venu saluer leur idole dans cette salle du Zénith suite à l'annulation de deux concerts par l'Olympia pour craintes de troubles à l'ordre public.

 

Aucun troubles. Ni à l'ordre public. Ni à l'ordre pudique.

 

Seule mention particulière : une mention pour le producteur de concert  UniT qui a organisé ce concert au Zénith pour que le public parisien puisse rencontrer Bertrand Cantat. UniT qui rime avec digniT pour le métier et pour le spectacle vivant.

Un geste fort en effet pour le public et la liberT de chanter, de s'exprimer et de travailler pour l'ensemble des femmes et des hommes qui portent un concert autour de Bertrand CantaT.

 

A bientôt, monsieur. Que je n'aime pas. Que je ne déteste pas. Que j'écoute. C'est tout.



08 juin 2018